Phew. Je suis claqué. Je sais que c’est juste jeudi, mais je suis vidé. Ca fait trois jours que je fais des side-jobs après l’ouvrage. Lundi je suis rentré chez nous a 11h00, mardi a 8h00 et hier a 11h30. Mais ca valait le coup! L’argent est toujours bon a prendre, et surtout, j’ai eu ben du fun!
Petit rappel/briefing sur la culture scolaire japonaise. A l’école régulière au Japon, on n’apprend rien. En fait, on apprend un peu, mais vu qu’on nivelle par le bas et qu’on veut que tout le monde soit égal, personne ne met énormément de pression sur les élèves pour qu’ils apprennent, fassent leurs devoirs, ou étudient le moindrement. Les parents qui veulent que leurs kids apprennent quelque chose, ils envoient leurs kids dans un juku, une école privée après l’école.
Au début, comme tout bon barbare (et comme vous j’en suis sur), je trouvais qu’envoyer ses enfants au juku, c’était sadique, stupide, et que ca représentait parfaitement le complexe obsessif compulsif des Japonais et que c’était un crime de forcer ses enfants a étudier jusqu’a parfois 11 heures les soirs de semaine et la fin de semaine.
C’était avant que je ne commence a travailler dans une école secondaire Japonaise.
Comme je l’ai mentionné au début, dans une école Japonaise, on se fiche pas mal de ce que les élèves retiennent de leur cours, de s’ils font leurs devoirs, ou de leurs notes aux examens. Ce qui compte, c’est que les élèves obéissent aux profs (en apparence, ce qu’ils font en réalité on s’en fiche), et de les préparer aux examens d’entrée au senior high school. Parce que vous savez que le junior high ne sert dans le fond qu’a préparer aux examens d’entrée au senior high qui lui-même ne sert qu’a préparer aux examens d’entrée a l’université. Et comme il n’y a pas d’examens d’entrée après l’université, tout le monde s’y pogne le cul a quatre mains.
Cet état de choses n’est un secret pour personne. Tout le monde sait fort bien que le système d’éducation en tant que tel ne demande que peu des élèves au point de vue académique, et qu’il sert plutôt a casser les élèves, les faires rentrer dans le moule et leur faire intérioriser aux élèves les multiples idiosyncrasies de la société Japonaise. S’ils apprennent quelque chose dans le processus, tant mieux, mais ce n’est pas la priorité. Les profs sont beaucoup trop occupés pour se soucier du succès académique.
Mais, même si tout le monde est au courant des lacunes évidentes et des échecs patents du système, dans la plus Japonaise des attitudes, personne ne dit rien, parce qu’au Japon, quand une personne mentionne un problème, cette personne devient le problème. Tout le monde voit les problèmes, mais personne ne s’indigne, parce que personne ne veut briser l’harmonie et passer pour le fauteur de troubles. C’est regrettable, mais c’est vrai. Pour preuve, même mes collègues profs envoient leurs enfants dans des jukus. Même les profs qui font tourner le système admettent qu’il n’est pas suffisant. Mon amie Maki songe a envoyer a très grands frais ses enfants dans une école internationale privée a Fukuoka, a des miles de Kumamoto, parce qu’elle n’a pas assez confiance en le système et qu’elle a peur que le potentiel de ses enfants y soit gâché. Et elle est prof, elle aussi!
Tout ca pour dire que, même si j’étais horrifié par la culture des jukus avant d’arriver au Japon, (et même si je trouve encore ca très dur et exigeant pour les jeunes), je suis maintenant le premier a dire que, si jamais j’ai a élever des enfants d’âge secondaire au Japon dans le système Japonais, ils vont aller au juku, et souvent a part ca. En fait, ce que je ferais, vu que ca n’a pas tellement d’importance si l’élève se présente a l’école ou non, c’est que pendant la journée, je ne l’enverrais tout simplement pas a l’école. Sur, les profs se metteraient sur mon cas, mais je ne suis pas japonais, et je ne me gênerais sûrement pas pour envoyer paître le premier prof avec assez de nerf pour venir sonner a ma porte pour réclamer a voir mon enfant. Je l’enverrais seulement a l’école pour faire les examens pour prouver qu’il est plus brillant que les autres. Et je me marrerais.
Pardonnez moi, je digresse. Tout ca pour dire que jusqu’a hier j’étais très curieux de voir un de ces jukus en action. Et hier j’ai eu l’occasion de non seulement visiter un juku, mais d’y enseigner deux heures d’anglais (et d’être payé 30 bâtons de l’heure, bonus non-négligeable et apprécié). Maintenant je comprends pourquoi autant de kids vont au juku et semblent aimer ca. L’atmosphère est tout ce que la classe d’école n’est pas. C’est un petit groupe (12 kids), ils ont plein d’énergie, et l’environnement est relax. Le prof ne se prend pas pour un autre, n’exige pas que ses élèves marchent au pas (mais exige qu’ils travaillent par contre). Le prof m’a laissé aller presque tout seul et m’a laissé déconner avec les jeunes autant que je voulais! Une heure de travail sérieux avec dictée et compréhension de texte, mais une fois cette partie “plate” terminée, c’était conversation libre. Et que je me suis amusé. Et les kids aussi. Des kids genki, le fun! C’est sur, fallait que je les rappelle a l’ordre de temps a autre, mais bon, c’est normal. Et le prof ne m’accusait pas de traumatiser les élèves la minute que je les corrigeait/rappelait a l’ordre. Je n’ai fait que poser des questions simples aux jeunes, dans le genre “What is your favorite manga? It’s “Initial D”. Why do you like it? Because I like cars.” C’est de l’anglais tout simple qu’ils connaissaient déja, mais comme j’employais des phrases qui n’étaient pas textuellement dans le livre utilisé en classe, ils ont eu beaucoup de difficulté. Mais on s’est amusés. Je leur ai demandé “Where are you from?”, question assez plate en soit. Mais je leur ai dit qu’ils avaient le droit de dire n’importe quoi, sauf “I’m from Japan.” Alors j’ai eu toutes sortes de réponses, bizzares et le fun. Un des kids m’a dit “I’m from Jupiter!” Wow, un kid japonais qui non seulement arrive a sortir de l’Anglais d’ailleurs que du livre et qui parvient a faire des jokes? A partir de ce moment la, son surnom est devenu “Spaceman”!
Pensez-y, donner un surnom a un élève, est-ce que j’aurais pu faire ca a mon école régulière? Naaah. Une autre fille, super gênée mais tellement jolie, elle ne voulait pas parler, alors je lui ai demandé “Are you from heaven? You’re so cute, you must be an angel!” Les autres ont ri, la fille est devenue rouge comme une betterave, MAIS elle a parlé, et si les autres ont ri, c’est qu’ils ont compris! Donc mission accomplie. Bien sur, je me serais fait abattre sur le champ si j’avais dit ca dans mon école. On a continué a jaser, a déconner, a faire plein de trucs qu’on fait normalement pas dans une classe d’Anglais (comme parler Anglais par exemple). Y’a une fille qui m’a demandé “Do you have a girlfriend?” En temps normal je réponds même pas parce que ca m’énerve, mais cette fois-ci j’ai répondu “No, but I’m strong, smart and handsome. Do you want my phone number?” Hilarité générale chez les deux qui ont compris! On a même discuté de jeux, et j’ai été très surpris de découvrir une fan de “Devil May Cry” parmi les filles. Nana chan, you kick ass! Ca et le spaceman qui lui est un fan de Metal Gear! Nice!
Bref, ca m’a fait grand bien de travailler avec des kids qui ressemblent un peu plus a ce que je m’attendrais de kids de 15 ans a Québec: jeunes, cools, pleins d’énergie, bavards, indisciplinés et paresseux. Spaceman, Angry Snowman et les autres, vous êtes des kids super, et j’ai bien hâte de vous revoir.
Il y a de l’espoir ici, il est bien caché parfois, mais il y en a.
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