The Barbarian and the Geishas

The Chosen Ones

juin 2, 2008 · Laisser un commentaire

Vous me connaissez, je me plains souvent ici sur mon blog de toutes sortes de trucs et aspects de la société Japonaise dont on ne parle jamais dans les guides touristiques mais qu’en tant que barbare en exil je dois négocier à chaque jour. Je sais que vous vous dites probablement que j’exagère, que c’est la solitude et la fatigue qui parlent ici. Vous avez peut-être quelque peu raison. Ma fatigue et ma solitude ne font que réduire ma tolérance, pourtant duement éprouvée à plusieurs reprises, aux idiosyncraties infantiles et stupides de la société Japonaise.

C’est une histoire qui date un peu, mais je pense qu’il faut qu’elle sorte. Je vous épargne les détails et les circonstances, mais j’en suis venu à m’obstiner sur un point de grammaire avec un “collègue”. Il se trouve que j’avais raison. Mais mon collègue trouve encore le moyen d’argumenter et essaie de s’en sauver.

J’ai donc fouillé dans un de mes livres de grammaire Anglaise (que je garde justement pour parer à ce genre de situation, l’opinion d’un livre ayant, aux yeux de mes collègues, infiniement plus de poids que la mienne). Je lui montre le passage qui prouve que j’ai raison. C’est écrit en Anglais simple, noir sur blanc. Mais voilà que l’autre réplique en me montrant un site internet en Japonais sur la grammaire Anglaise avec des explications (en Japonais) qui lui donnaient raison à lui.

Un Japonais qui utilise un site Japonais en Japonais sur l’Anglais pour prouver à un Anglophone qu’il ne connaît pas sa langue maternelle. Je pense que je n’exagère pas en affirmant qu’il s’agit là d’une arrogance, comment dirais-je… me contenterais-je de dire frustrante.

Quand même, je n’allais pas abandonner ainsi. Je rappelle donc bien humblement à mon arrogant collègue que je suis un Anglophone natif (bon, pas pure laine natif, mais plus natif qu’il ne lui sera jamais donné de l’être), que je suis originaire d’un pays Anglophone, que j’ai étudié l’Anglais comme majeure à l’université, et que c’est précisément pourquoi j’ai été engagé comme assistant et spécialiste de l’Anglais, que j’avais, à défaut de 19 ans d’expérience, un CV plus qu’adéquat pour m’acquitter honorablement de ma tâche. Qu’en vertu de mon expérience et de mes qualifications, oui, c’était possible que je sache et puisse faire des choses qui sont difficiles ou impossibles pour lui. Et qu’il devrait, par conséquent, marcher de temps en temps sur sa fierté toute Japonaise et me faire confiance sur ce genre de chose.

Je me fais répondre que l’Anglais est une langue internationale, et que tout comme existaient un Anglais Américain, un Anglais Britannique, un Anglais Indien, un Anglais Asiatique (?), et que tout comme j’avais appris et parlais l’Anglais Canadien (ce qui est discutable, puisque je me suis souvent fait dire que je sonnais plus Américain), il était normal, acceptable et même souhaitable qu’au Japon, on apprenne et parle l’Anglais Japonais. Qui est une variété d’Anglais au même titre que l’Anglais Canadien, Américain ou Britannique.

J’étais convaincu qu’il s’agissait d’une blague. Réprimant un sourire de découragement, je lui rappelle que le Canada, les États-Unis et la Grande-Bretagne sont des pays Anglophones, et qu’il est donc normal que malgré leurs différences régionales, ces Anglais soient considérés comme des standards. De plus, ces variétés d’Anglais sont, malgré ce que vous diront les Britanniques (qu’ils sont pincés quand ils veulent), sont parfaitement intelligibles et à 99.999% identiques lorsque mis sur papier.

Rien n’y fait. “Ça, c’est ce que tu penses.” que je me fais répondre. “Moi je pense que l’Anglais Japonais est une variation de l’Anglais accpetable au même titre que l’Anglais Canadien.”

C’est ridicule. Je n’avais encore jamais entendu parler d’une pareille chimère. C’est insultant, tant personnellement que professionnellement.

C’est ridicule, aussi. Pensez-y. Pourquoi apprend-on l’Anglais de par le monde? “Pour pouvoir communiquer avec le reste du monde.” est une réponse que j’estime raisonnable et que j’imagine serait donnée dans une majorité des cas. Mais pas au Japon, on dirait. Le Japon est si spécial qu’il a besoin de sa propre variété d’Anglais spécifique. Et j’ajouterais, fort difficile à comprendre à moins de parler et le Japonais ET l’Anglais.

Pourtant, c’est typique du Japonais, de se croire supérieur au reste du monde ainsi. L’ironie de la chose est risible et triste: un pays qui, par ses “efforts” pour apprendre la langue internationale et communiquer avec le monde, en arrive seulement à s’isoler et renforcer son complexe de spécificité.

Inutile de vous décrire mon état d’âme à ce moment. Je dirai seulement qu’il s’agit d’un des rares moments ou je me suis dit, “Ca y est, c’est fini. Je ne peux plus rien faire. J’abandonne. J’ai fait de mon mieux, mais je ne peux rien faire pour des gens qui ne veulent pas être aidés.” et ou j’ai eu une sérieuse envie de passer mon contrat à la déchiqueteuse. J’ose espérer que vous comprenez pourquoi.

C’est la saison pour ce genre de trucs, et je sais que les quatre ou cinq derniers posts ont été plutôt sombres. Mais ce sont tous des trucs avec lesquels je dois vivre à tous les jours ici et, s’ils ne m’empêchent nullement de mener une vie intéressante et productive ici, sont tout de même inacceptables et doivent, selon moi, être mentionnés.

Qui ne dit mot consent. Alors c’est en disant mot que j’exprime mon non-consentement.

Sinon, il pleut ici, c’est un lundi, donc une journée longue, dure et ennuyeuse, mais demain mardi je travaille à mon école spéciale alors j’ai hâte.

Je vous promets que mon prochain post va parler d’autre chose que de discrimination. Je vous promets plein de niaiseries et de stupidités, c’est promis, juré.

Bonne fin de!

Catégories : Karma · Life in Japan · School

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