Hiroshima mon Amour

Jamais vu le film, mais ca semblait un bon titre alors…

Jeudi dernier, je suis allé faire un tour à Hiroshima. Je vais bientôt avoir besoin d’un nouveau passeport et j’avais besoin de la signature d’un représentant diplomatique Canadien sur mes papiers, et le consulat Canadien le plus proche de Kumamoto est à Hiroshima. Vous savez, au Canada, pour obtenir un passeport, il faut normalement un répondant, c’est à dire un avocat, un notaire, un docteur, un agent de police ou autre profession du genre, qui signe vos papiers et confirme le tout. C’est la même chose quand on renouvelle un passeport de l’étranger. En fait, on ne parle même pas de renouvellement, on doit carrément faire une nouvelle demande de passeport. Faute de répondant, j’ai eu a sauter à travers une multitude d’obstacles bureaucratiques dignes de la maison des fous des 12 travaux d’Astérix.

Mais j’en ai profité pour visiter Hiroshima et l’île de Miyajima toute proche. Évidemment, qui dit Hiroshima dit bombe. Ma première destination fut donc (après ma visite chez le consul) le Peace Memorial Park et le musée de la bombe.

Le fameux “A-bomb Dome”. C’est aujourd’hui un des seuls (je crois que c’est le seul, mais je ne veux pas me tromper) bâtiments ayant été touchés par la bombe encore conservés aujourd’hui. Il fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO. Le visuel n’est pas en soi particulièrement impressionnant, mais quand on le voit en personne, ca fait réfléchir. Le Musée de la bombe est très instructif et intéressant. Par contre je ne sais trop quoi dire de ces guides bénévoles qui ne cessent de dire aux touristes Occidentaux que tout ce qu’ils savent sur la bombe, ce sont des mensonges. Est-ce qu’on peut laisser la politique en dehors de cela?

Hiroshima, ce n’est pas seulement la ville de la bombe. Ici la tour reconstruite du château d’Hiroshima. Bâtie par le clan Mori au 16e siècle, l’original a servi de résidence au daimyos du clan Asano, seigneurs du domaine d’Hiroshima pendant 200 ans, pour ensuite devenir le QG de l’armée impériale Japonaise à partir de l’ère Meiji. Hiroshima fut la capitale militaire du Japon moderne, jusqu’à la fin de la guerre en 1945.

Qui dit Hiroshima dit également okonomiyaki. Pour ceux qui ne connaissent pas les okonomiyaki, c’est un genre de crêpe-repas très populaire partout au Japon,  et surtout dans les villes d’Osaka et Hiroshima. A Hiroshima, ils rajoutent, en plus du chou, des fèves germées et de la viande, des nouilles soba dans la crèpe, et le tout se mange à même le teppan, la grosse plaque chauffante dans les restaurants.

Avec une bonne grosse Kirin, bien évidemment.

La préfecture d’Hiroshima est également là où se trouve l’île de Miyajima. Miyajima est une île sacrée pour les Japonais depuis des temps immémoriaux, et est célèbre pour le sanctuaire de Itsukushima, qui fait également partie du patrimoine mondial de l’UNESCO. Il a été bâti à l’origine par Taira no Kiyomori, un grand samurai de la période Heian (il y a environ 1100 ans). Voyez ici le torii, l’arche qui marque l’entrée d’un lieu sacré. Celui d’Itsukushima a la particularité d’être dans la mer (en plus d’être immense et très impressionnant).

Une vue du sanctuaire d’Itsukushima. Ce n’est pas génial comme photo je sais, avec la marée basse et tout. C’est difficile de prendre des bonnes photos parce que c’est vraiment énorme comme sanctuaire.

Voyez, j’étais au bout du quai complètement et je n’arrive pas à le prendre en entier tellement c’est grand.

Il n’y a pas seulement qu’Itsukushima. Miyajima entière est couverte de temples bouddhistes et de sanctuaires Shinto. Voyez ici une vue du temple de Daisho-in. Pendant que j’y étais il y avait une cérémonie à l’intérieur du temple avec des moines qui jouaient du taiko (tambour de guerre Japonais) en récitant des sutras.

Et pour terminer, le Reikado, le “Hall du Feu Éternel”, situé au sommet du Mt. Misen sur Miyajima. Selon la légende, le moine Kobo Daishi y aurait allumé une flamme lors de son entraînement religieux il y a près de 1000 ans de cela, et la flamme y aurait été entretenue de façon ininterrompue jusqu’à aujourd’hui. Les visiteurs au Reikado sont invités à inscrire leurs voeux sur une chandelle et à l’ajouter au hall, ce que je fis.

Je finis, (et commencai aussi, d’ailleurs) mon voyage en rentrant pour la première fois à Kumamoto en Shinkansen directement d’Hiroshima. Depuis le 12 Mars que la ligne de Shinkansen de Kyushu est complétée. On peut maintenant voyager de Kagoshima au sud de Kyushu jusqu’à Osaka sans changer une seule fois de train. J’ai donc fait le voyage entre Hiroshima et Kumamoto en moins de deux heures à bord du Sakura, un des nouveaux trains du Kyushu Shinkansen.

Sur ce, je vous laisse et vous souhaite une bonne fin de!

Power!

Vous savez, le tremblement de terre et le tsunami ont frappé l’est du Japon, laissant l’ouest et le sud (et donc Kumamoto ou j’habite) intacts. Outre les gens qui ont perdu leur maison et qui vivent maintenant dans des refuges temporaires (au dessus de 300 000 personnes aux dernières nouvelles), et la situation à Fukushima, un des problèmes importants auquel le Japon doit faire face est le manque d’électricité. Plusieurs centrales électriques, incluant celle de Fukushima, ont été endommagées et sont maintenant inopérables. Depuis le début de la crise, les régions du Kanto (Tokyo, Chiba, Yokohama, etc.) et de Tohoku (nord-est) sont sujettes à des blackout successifs contrôlés. Au début, la situation semblait pas si mauvaise, mais aujourd’hui, Tokyo Electric a annoncé qu’à moins que la région entière ne fasse un immense effort de conservation d’énergie, il y allait avoir un manque sérieux d’électricité, et que les blackout pourraient devenir incontrôlables.

Dans une ville comme Tokyo, ou c’est pratiquement impossible de se déplacer autrement qu’en train, ce manque d’électricité ralentit sérieusement toute activité. Depuis le tremblement de terre, la majorité des lignes de train opèrent sur des horaires réduits, et le Ministère des Transports a donné l’ordre de réduire davantage le nombre de trains (quelque chose comme un 10% additionnel, j’ai manqué ce bout la des nouvelles). Le système de trains et métros de Tokyo fonctionnant déja à plus que pleine capacité en temps normal, cette réduction du nombre de trains a un impact important sur l’économie de la ville. Plusieurs compagnies et usines ont ordonné à leurs employés de rester chez eux.

Vous savez ce qui me frustre un peu dans tout ca, c’est que pour nous qui habitons dans l’ouest, il n’y a rien qu’on puisse faire pour aider à remédier au problème d’électricité. En temps normal, quand une région manque d’électricité, c’est possible de faire passer du courant d’autres régions ou même d’autres pays pour compenser. Ca se fait (je crois) relativement souvent entre le Canada et le nord des États-Unis. Or, dans le cas du Japon, le pays est divisé en deux grandes régions pour l’électricité: l’est, qui fonctionne sur du 60 hz, et l’ouest (ou se situe Kyushu et Kumamoto), qui est sur du 50 hz. Enfin, c’est peut être l’inverse, mais le problème, c’est que les deux régions fonctionnent sur deux fréquences différentes. Je n’ai pas encore pu trouver quelqu’un pour m’expliquer le pourquoi de la chose, mais je me suis fait dire que ca avait quelque chose à voir avec la reconstruction après la guerre.

C’est possible de faire passer d’une région à l’autre, mais la capacité à convertir le courant d’une fréquence à l’autre est limitée. Ce qui veut dire que même on a suffisamment de courant de notre côté et que nous faisons des efforts pour économiser l’énergie afin de pouvoir l’envoyer à ceux qui en ont besoin. Il y a probablement suffisamment d’énergie produite au Japon pour en envoyer aux gens du Kanto et de Tohoku, et c’est probablement plus facile pour nous gens de Kyushu d’économiser l’énergie puisqu’il fait beaucoup plus chaud. Bon, c’est très froid ici à Kumamoto pour le mois de Mars (pas encore de sakura en vue) et ils nous annoncent -2 pour demain, mais bon, il y a des gens dans Miyagi et Iwate qui dorment dans des gymnases d’école à -10 sans chauffage depuis une semaine alors je n’ai vraiment pas le droit de me plaindre.

Shock

Je vais bien. En fait, je suis probablement dans l’endroit au Japon le plus éloigné de tout le chaos causé par les tremblements de terre, les tsunamis et les centrales nucléaires. Ici, à Kumamoto, et sur Kyushu, tout va bien, et la vie continue normalement. Je vais bien, mais à voir toutes les nouvelles sur le désastre, et je sais pas, vu que j’habite ici, tout ca m’affecte un brin et je suis d’humeur plutôt sombre ces jours-ci.

Pas de commentaires sarcastiques, de pointes d’esprit ou d’opinions mal placées aujourd’hui. Mais je vais quand même me permettre un petit commentaire sur la couverture de la situation à l’international. Sans me lancer dans les détails, je crois qu’il y a un brin de sensationalisme et d’apocalyptisme (c’est un mot, ca? vous comprenez ce que je veux dire) dans la couverture. Vous savez qu’il y a une crise à la centrale nucléaire de Fukushima, et que les techniciens, le gouvernement et l’armée font de leur mieux pour éviter le désastre. Oui, il y a eu des explosions (deux, si mon compte est bon?), et une certaine quantité de vapeur radioactive a été libérée dans l’atmosphère. C’est grave, mais on est encore loin d’un désastre comme Chernobyl. “Il y a eu une explosion à la centrale” et “La centrale a explosé”, ce n’est pas pareil. Pourtant, a voir les nouvelles sur internet…

Je ne suis qu’un humble jack-of-all-trades, et je n’ai certainement aucune prétention d’être un expert sur l’énergie nucléaire (vous savez, je suis vraiment poche en sciences…), mais je peux vous dire que la situation n’est pas aussi critique (ni aussi spectaculaire) que ce que les médias à l’étranger rapportent. Pas de danger de voir un champignon atomique s’élever au-dessus du Japon.

Je terminerai sur une note positive. Vous savez, quand je vois les gens autour de moi, je suis souvent déçu de la petitesse, de la médiocrité du monde. Mais avec le désastre actuel, en voyant aux nouvelles des gens qui se démènent, se bougent et font des efforts pour vivre et reconstruire, ca me rassure. Dans les situations exceptionnelles, dans les grands cas d’urgence, de vie ou de mort, l’homme devient fort, devient grand. J’ai vu des élèves du secondaire incapables de rentrer chez eux et sans contact avec leurs familles demeurer dans leur école, devenue un refuge d’urgence, pour s’occuper des gens qui ont perdu leur maison. J’ai vu des fermiers qui ont échappé au désastre traverser de longues distances sur des routes dangereuses (ou tout simplement inexistantes) pour venir livrer des caisses de légumes et du gaz aux réfugiés.

Imaginez, si nous, la race humaine, nous pouvions toujours faire montre de la même énergie, de la même force, du même esprit de sacrifice que dans ces situations désastreuses… la galaxie nous appartiendrait déjà!

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